Maison du peuple de Bruxelles

La charte des coopérateurs

Contexte historique de la création des Maisons du peuple

La crise économique qui frappe l'Europe en 1884 est particulièrement sévère en Belgique, la condition de la classe ouvrière y est plus difficile et la densité de la population plus élevée que dans tous les autres pays du continent. Le gouvernement libéral tombe en 1884, et avec lui disparaît le régime que le pays connaissait depuis qu'il avait gagné son indépendance vis-à-vis de la Hollande en 1830. Pendant que les catholiques établissent solidement leur pouvoir, les socialistes consolident leur mouvement et fondent en 1885 le Parti ouvrier belge.

Le 25 mars 1886, des émeutes éclatent dans la région de Charleroi et sont réprimées par l'armée avec une brutalité sans précédent. Ces événements dramatiques incitent quelques jeunes intellectuels à rejoindre le Parti ouvrier; parmi eux, trois avocats, Jules Destrée, Emile Vandervelde et Max Hallet. Ce sont ces trois mêmes intellectuels qui devaient, dix ans plus tard, persuader le comité exécutif du parti de confier la commande de la Maison du Peuple de Bruxelles à Victor Horta.

Les Maisons du Peuple apparaissent avant la naissance du P.O.B. Les premières ouvrent leurs portes à Jolimont en 1872, à Gand, au Vooruit en 1880, à Bruxelles en 1881, à Verviers en 1884…

Les Coopératives sont à leur origine. Celles-ci ont pour principale fonction, en Belgique, la distribution, aux prix les plus bas possible, de produits de consommation de premières nécessités et de bonne qualité. Elles se dotent rapidement d’un local pour accueillir leurs membres. Ce sont ces locaux qui donnent naissance aux Maisons du Peuple. Destrée écrivit à leur propos : «Tandis que la ménagère viendra y chercher le café et le sucre socialistes, le travailleur pourra en même temps venir y prendre la pensée socialiste ». C’est majoritairement dans ces « citadelles ouvrières », qui affirment la puissance grandissante du mouvement socialiste, que se développent une multitude d’activités éducatives et récréatives : fanfares, chorales, cercles dramatiques et sportifs, cours et formations, conférences, groupes de loisirs et de jeunes, réunions des différentes composantes du P.O.B.

Victor Horta et la Maison du peuple de Bruxelles

C’est dans ce contexte de crise économique, que se constitue en 1882 à Bruxelles une société coopérative ouvrière, la « Boulangerie ouvrière », dont le but est d’améliorer la situation matérielle de ses membres en fournissant du pain et, grâce à une caisse de secours, des soins médicaux. En 1883, la coopérative s’affilie au parti ouvrier belge; les réunions associatives, qui se déroulent d’abord au Cygne, Grand Place, ont lieu, dès 1886, dans une ancienne synagogue située rue de Bavière : c’est la première « Maison du Peuple », composée d’une salle de café, d’une salle de réunion, de bureaux et d’une salle des fêtes. D’autres activités s’ajoutent peu à peu à la boulangerie comme la vente de tissus et de denrées alimentaires.

En 1892, la coopérative prend le nom de Maison du Peuple, Société Coopérative ouvrière de Bruxelles. À l’étroit dans ses locaux de la rue de Bavière, elle décide de construire un nouvel édifice dont la réalisation est confiée à Victor Horta.

Construite rue Joseph Stevens, sur des terrains acquis par la société en 1895, la nouvelle Maison du Peuple, inaugurée en 1899 par Jean Jaurès, est l’une des œuvres maîtresse de l’architecte.

Cependant, la Maison du Peuple n’était pas une organisation purement commerciale. Ainsi, indépendamment de ses opérations d’achat et de vente, suivant le système de coopération Rochdalienne, la Maison du Peuple créait toutes les situations de nature à satisfaire aux besoins intellectuels, moraux et physiques de ses membres et poursuit par leur ensemble l’émancipation intégrale de la classe ouvrière.

Les premières initiatives d’actions éducatives et culturelles naissent de la combinaison d’initiatives : d’ouvriers qualifiés autodidactes qui réalisent les premiers journaux ouvriers, organisent des bibliothèques d’ateliers et conscientisent les ouvriers par la chanson ou le théâtre dans les cabarets. Jacob Kats, que l’on considère comme le premier animateur socio culturel, est de ceux-là.

Mais aussi, d’intellectuels progressistes qui publient des livrets éducatifs tels que « Le Catéchisme du Peuple » écrit par Defuisseaux, développent des universités populaires pour diffuser la science, la culture et les idées socialistes et collaborent avec des écrivains ou des musiciens à l’animation de soirées à la Section d’Art de Bruxelles pour sensibiliser le peuple à la création artistique.

Toutes les actions menées sont articulées sur les revendications du P.O.B. : il faut instruire et éduquer les ouvriers pour conquérir des droits économiques, sociaux et politiques. Il faut leur donner les moyens d’accéder à toutes les formes de savoirs de la classe bourgeoise.

La Centrale d’Éducation Ouvrière (CEO) est créée en 1911 par le P.O.B. avec l’aide financière de l’industriel Solvay. Plus tard, elle sera financée à la fois par le Parti et par les subventions publiques accordées « aux oeuvres complémentaires de l’école » par la loi Destrée de 1921.

Héritier d’une conscience culturelle héritée du compagnonnage, le mouvement ouvrier socialiste met en avant ses propres valeurs et propose un contre modèle social où « ceux qui n’ont rien » sont acteurs critiques plutôt que public endoctriné ou consommateur appâté.

Le concept d’éducation populaire, retenu dans les années trente comme outil d’intégration sociale par la démocratisation culturelle, fera place dans les années septante à celui d’éducation permanente par la démocratie culturelle articulée, selon l’esprit du décret de 1976, sur deux pôles: participation et critique sociale.

Le site maisondupeuple.be

Ce chef-d’œuvre de l’Art Nouveau a malheureusement été démoli en 1964, malgré de nombreuses protestations belges et étrangères.

Dans la continuité de ces combats historiques du mouvement ouvrier socialiste, pour plus d’égalité et de justice sociale, Présence et action culturelles (PAC) a proposé de créer une « Maison du peuple virtuelle », www.maisondupeuple.be. Comme à l’origine des Maisons du peuple, ce site sera lui aussi basé sur un modèle coopératif.

L’objectif du site maisondupeuple.be est de proposer et regrouper un ensemble d’activités qui ont lieu sur le territoire bruxellois à l’initiative d’une série de coopérateurs prônant les valeurs progressistes telles que la solidarité, l’égalité, la culture du dialogue, la citoyenneté et la démocratie.

L’objectif est d’ainsi contribuer à relancer un débat à gauche avec des espaces de liberté et de réflexion qui nourrissent l’action.

Les coopérateurs

La signature de la Charte est un acte contractuel. Par sa signature, toute partie prenante s’engage à mettre progressivement en œuvre les termes de la Charte et à déployer tous ses efforts pour les faire partager à ses réseaux et les traduire dans ses activités. Une évaluation de la Charte sera prévue annuellement.

Pour ce faire, les coopérateurs s’engagent à assurer la pérennité du projet et sa diffusion dans leurs réseaux.

Le site maisondupeuple.be est un site collectif qui ne dispose pas de service d’approbation des événements. Sont exclues les contributions jugées comme pouvant revêtir un caractère contraire aux lois en vigueur ou qui ne respecteront pas des critères éthiques tels que le respect d'autrui et de l'institution, la vie privée, les bonnes mœurs, la dignité humaine ou les contributions à caractère pornographiques, sexistes, racistes, antisémites ou homophobes.

Les coopérateurs s’engagent donc à respecter les règles d’utilisation communes.

Règles de gestion du site maisondupeuple.be

Mission des coopérateurs

Chaque coopérateur a pour mission de gérer ses événements, la mise en ligne de ceux-ci et de gérer leur compte utilisateur. Le login et mot de passe est délivré aux coopérateurs ayant pris connaissance et signé le présent document.

Le respect de la déontologie informatique

Chaque utilisateur s'engage à respecter les règles de la déontologie informatique et notamment à ne pas effectuer intentionnellement des opérations qui pourraient avoir pour conséquences de :

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L’utilisation du site maisondupeuple.be et protection des codes d’accès

Chaque coopérateur est responsable de maintenir la confidentialité de son mot de passe. Il est responsable de toutes les utilisations de son compte, qu’il l’ait ou non effectivement ou expressément autorisé.

Responsabilité

Chaque coopérateur est responsable de ses publications (posts, événements, articles,…).

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En cas d’annulation d’un événement, il est du ressort du coopérateur d’en informer les utilisateurs du site maisondupeuple.be et de retirer son événement du site.

Concernant les publications dans l’espace « Tribune »

L’espace tribune est un espace dans lequel les coopérateurs ont carte blanche. Un agenda est décidé entre les coopérateurs pour décider du roulement.

Concernant l’adhésion de nouveaux partenaires-coopérateurs

Tout coopérateur peut parrainer un nouveau coopérateur. Les associations qui adhèrent à notre Charte et intéressés par notre démarche peuvent adresser une demande via le formulaire disponible sur le site.

Afin de simplifier l’adhésion de nouveaux coopérateurs, nous organiserons deux fois par an une réunion de présentation des nouveaux adhérents.

L’adhésion d’un nouveau coopérateur se fait à la condition que ce dernier prenne connaissance de la charte, marque son accord en la signant et qu’il fournisse toutes les informations nécessaires à la création de son profil sur le site.

Mail de contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Concernant l’utilisation du logo

Les coopérateurs sont invités à utiliser le logo de la maison du peuple sur leurs prospectus, flyers, site internet, ou tout document papier, numérique,…en lien avec les événements qu’ils promeuvent au travers du site maisondupeuple.be

Evaluation

Les coopérateurs se réunissent au minimum 2 fois par an afin d’évaluer l’outil. Chaque coopérateur s’engage à être présent ou représenté lors de ces concertations.

Le coopérateur qui contreviendrait aux règles précédemment décrites dans la Charte s'expose au retrait de son compte informatique ainsi qu'a des poursuites, disciplinaires et pénales, prévues par les textes Iégislatifs et réglementaires en vigueur. Les coopérateurs peuvent choisir de ne pas, ou de ne plus, collaborer avec un projet, si cette collaboration va à l'encontre de leurs valeurs fondamentales.

En ce qui concerne la page facebook

Une page Facebook « Maison du peuple virtuelle » existe. Chaque coopérateur est administrateur de cette page.

https://www.facebook.com/lamaisondupeuplevirtuelle 

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En savoir plus...

Maisons du peuple de Bruxelles: entre mémoire et histoire

"Une belle histoire vécue" - GSARA 2014

Contexte historique

La crise économique qui frappe l'Europe en 1884 est particulièrement sévère en Belgique, la condition de la classe ouvrière y est plus difficile et la densité de la population plus élevée que dans tous les autres pays du continent. Entre 1850 et 1900, la densité passe de 150 à 230 habitants par kilomètre carré.

Le gouvernement libéral tombe en 1884, et avec lui disparaît le régime que le pays connaissait depuis qu'il avait gagné son indépendance vis-à-vis de la Hollande en 1830.

Pendant que les catholiques établissent solidement leur pouvoir, les socialistes consolident leur mouvement et fondent en 1885 le Parti ouvrier belge.

Le 25 mars 1886, des émeutes éclatent dans la région de Charleroi et sont réprimées par l'armée avec une brutalité sans précédent. Ces événements dramatiques incitent quelques jeunes intellectuels à rejoindre le Parti ouvrier; parmi eux, trois avocats, Jules Destrée, Emile Vandervelde et Max Hallet. Ces trois mêmes devaient, dix ans plus tard, persuader le comité exécutif du parti de confier la commande de la Maison du Peuple de Bruxelles à Victor Horta.

Principe

Lieux de rencontre pour la classe ouvrière belge, les maisons du peuple permettent d’assurer l’ancrage du Parti ouvrier belge. Elles sont le creuset de luttes contestataires et contribuent à l'obtention de réelles avancées sociales en matière de droits politiques et d'accès à l'éducation. Ce sont aussi des lieux de rencontre, de convivialité, des espaces de réflexion, de solidarité, de culture, d’émancipation. Selon les leaders du parti, « c’est l’hôtel de ville, c’est l’église de l’ouvrier ».

L’objectif alimentaire domine lors de la création d’une maison du peuple : il s’agit d’améliorer l’alimentation de l’ouvrier.

Les maisons du peuple sont apparues, en Belgique et dans le Nord de la France, dès 1872. C’est à partir des années 1970 que commencera une période de déclin pour ces édifices qui seront soit réaffectés, soit détruits. 

La première maison du peuple

En Belgique

Le 5 août 1872, des membres de la société mutualiste « La Solidarité », de l’Union Ouvrière et de l’Union des Métiers du Centre acquièrent une petite maison ouvrière à Jolimont (Haine-Saint-Pierre), un village de la région du Centre. Ce sera la première maison du peuple qui servira de lieu de réunion aux sections du centre de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.).

En 1886, un an après la création du Parti Ouvrier Belge, l’immeuble sera agrandi et dans ses locaux sera créée la coopérative « Le Progrès ». Peu à peu, s’ajouteront une boulangerie, une salle de fêtes, une pharmacie, un café et une boucherie.

Rapidement, la société coopérative ouvrira plusieurs succursales dans les localités environnantes, établissant ainsi un réseau de maisons du peuple dans la région : La Louvière en 1889, Houdeng en 1893, Morlanwelz en 1895, Baume en 1902, La Hestre en 1903…

En 1925, la maison est démolie avec ses annexes et, trois ans plus tard, une nouvelle maison du peuple, plus imposante, est reconstruite.

Le plan-type d’une maison du peuple

A l’origine, le plan-type d’une maison du peuple se compose d’un café et d’une salle de meetings et de spectacles. On y trouve également des magasins. À partir des années 1930, le cinéma parlant fait son entrée dans la culture ouvrière. L’ancienne salle des meetings et de fêtes se transforme pour devenir salle de cinéma.

A Bruxelles

Le 16 mai 1881, dans un contexte de crise économique, se déroule à l’estaminet « Le Cygne » à la Grand Place de Bruxelles –lieu de rassemblement des socialistes–, une réunion dans le but de constituer à Bruxelles une boulangerie coopérative sur le modèle de la coopérative gantoise « Vooruit ». Parmi les personnes présentes se trouve Louis Bertrand, ouvrier marbrier, qui a assisté aux travaux gantois. Il sera nommé secrétaire du comité chargé de constituer la société.

Ainsi est mise sur pied la « Boulangerie Coopérative de Bruxelles », dont le but est d’améliorer la situation matérielle de ses membres en fournissant du pain et, grâce à une caisse de secours, des soins médicaux.

La première boulangerie s’installe à Molenbeek-Saint-Jean, dans l’arrière-cour d’un cabaret. Le 3 septembre 1882, les premiers pains sont vendus, distribués aux membres par des charrettes à chiens.

En septembre 1883, la coopérative s’affilie au parti socialiste ; les réunions associatives continuent à se dérouler au Cygne, puis, dès 1886, dans une ancienne synagogue située rue de Bavière : c’est la première « Maison du Peuple », composée d’une salle de café, d’une salle de réunion, de bureaux et d’une salle des fêtes. D’autres activités s’ajoutent peu à peu à la boulangerie comme la vente de tissus et de denrées alimentaires et une boucherie.

En 1891, est créé, sous l’impulsion du médecin et militant socialiste César De Paepe, un service médical et pharmaceutique. Pour une cotisation modeste, les coopérateurs sont libérés du souci des frais de maladie.

En 1891, est également fondée la Section d’Art de la Maison du Peuple qui organise des conférences, des visites de musée, des concerts… Animée par Emile Vandervelde, elle accueillera de nombreux artistes.

En 1892, la coopérative prend définitivement le nom « La Maison du Peuple », Société Coopérative ouvrière de Bruxelles. À l’étroit dans ses locaux de la rue de Bavière, elle décide en 1895 de construire un nouvel édifice dont la réalisation est confiée à Victor Horta.

La boulangerie

La boulangerie est une des activités essentielles de la société coopérative. La première boulangerie est inaugurée le 3 septembre 1882 à Molenbeek-Saint-Jean, chaussée de Gand.

En 1888, l’acquisition d’un bâtiment situé rue aux Laines, avec un accès du côté de la rue de la Gendarmerie (actuellement rue Héger-Bordet), permet de regrouper les fours, dispersés jusqu’alors en différents endroits de la ville. Dénommée boulangerie n° 1, elle est équipée de fours perfectionnés et sera agrandie en 1892.

En 1896, une nouvelle boulangerie est inaugurée quai des Charbonnages.

En 1888, la société coopérative produit 500.000 pains ; en 1892, 3.500.000 pains de un kilo.

Avant la Première Guerre mondiale, plus de 10 millions de pains et 140.000 cramiques !

Les prémices du projet

Suite au succès électoral du POB (300.000 voix et 28 délégués au Parlement), la décision est prise en 1895 de construire une nouvelle Maison du Peuple. En mai de la même année, le Conseil d’administration de la Coopérative socialiste acquiert pour la somme de 228.000 francs (approximativement 114.000 €) un terrain de 13 ares, s’étendant rue Joseph Stevens et délimité de part et d’autre par la rue du Pigeon et la rue de la Samaritaine. Une députation de trois délégués demande officiellement à l’architecte Victor Horta de se charger du projet.

En 1897, deux parcelles supplémentaires, aux environs de la place de la Chapelle sont acquises, portant la superficie du terrain à 17 ares. Horta doit procéder à une variante du projet en cour, qui comprend l’étude d’une grande salle des fêtes au dernier étage du bâtiment.

L’enthousiasme de Victor Horta

« L’œuvre était intéressante, comme je l’entrevis instantanément : construire un palais qui ne serait pas un palais, mais une « maison » où l’air et la lumière seraient le luxe si longtemps exclus des taudis ouvriers ; une maison où serait la place de l’administration, des bureaux de coopératives, des bureaux de réunions politiques et professionnelles ; d’un café où le prix des consommations serait en rapport avec les aspirations des dirigeants, combattant l’alcoolisme encore si invétéré dans le peuple ; de salles de conférences destinées à élargir l’instruction, et couronnant tout : une « immense » salle de réunion pour la politique et les congrès du parti, ainsi que pour les distractions musicales et plus tard théâtrale des membres. Ah ! le beau programme, le rêve mettait à l’instant même où il était conçu le toit sur l’édifice… ! (Extrait des Mémoires de Victor Horta)

Le projet

Les limitations du règlement de bâtisse (hauteur, saillie des balcons, etc), la forte déclivité du terrain et son irrégularité soulèvent des difficultés que l’architecte se doit de résoudre.

En six mois, Horta élabore un projet préparatoire adapté à la forme particulière du terrain. Ensuite, pendant trois mois, il travaille au développement des plans.

Pendant un an et demi, une quinzaine de dessinateurs travailleront sous la direction de l’architecte Richard Pringiers, collaborateur de Horta, à l’établissement des plans à grandeur d’exécution : « Tout à été dessiné méticuleusement dans les proportions de l’exécution, depuis la façade jusqu’au moindre détail d’ornementation intérieure ». Les calculs de la structure métallique sont confiés à l’ingénieur Charles De Keyser.

Le financement

Une grande partie du coût du projet fut couvert par un emprunt à la Caisse d’Épargne et de Retraite, garanti par un consortium composé de Ernest Solvay, Henri La Fontaine, Emile Vandervelde, Louis De Brouckère…

Certains travaux sont exécutés par des sociétés coopératives telles que l’Atelier Coopératif de Menuiseries et l’Union des Peintres de Bruxelles.

La Maison du peuple de Bruxelles

Le programme architectural

L’ensemble architectural est caractérisé par trois éléments essentiels :

  •       La façade en arbalète qui alterne concavité et convexité de façon dissymétrique. Rythmée et équilibrée, elle est composée de verre, de fer, de maçonneries de pierres et de briques
  •       la salle de café, au rez-de-chaussée et au premier étage
  •       la grande salle de conférence et de théâtre aux troisième et quatrième étages                    

Au rez-de-chaussée, rue Joseph Stevens, se trouvent les magasins de confection et de nouveautés. Ils disposent de huit vitrines où sont exposés bonneterie, lingerie, chaussures, tissus pour dames et confection pour hommes. Ils occupent également l’entresol et une partie du premier étage

Rue des Pigeons, est installée la boucherie et du côté de la rue de la Samaritaine, l’épicerie.

La salle de café se trouve au centre de la place Emile Vandervelde. À gauche du café, à l’angle de la place Vandervelde et de la rue des Pigeons, est située l’entrée principale. Elle est prolongée par un vestibule et un hall d’où partent deux escaliers monumentaux menant à la salle des fêtes.

Au premier étage, se trouvent la salle du conseil (siège des réunions du conseil d’administration et du bureau exécutif du P.O.B.), une bibliothèque, un dispensaire et une salle de réunion.

Au deuxième étage, se trouvent les bureaux des différentes sections et une salle de réunion, la « salle blanche » ou salle Mateotti. Prévue initialement  comme salle de gymnastique, de projection et de réunion pour les jeunes, cette dernière est finalement dévolue aux réunions de la Section d’Art.

Au sommet du bâtiment, aux troisième et quatrième étages, la salle de spectacles et de meetings. Au troisième étage  se trouve également un foyer ou tabagie.

Le café

La salle de café principale est mesure 20 mètres de long, 16 mètres de large et 8,50 mètres de haut.

Son plan adopte la forme d’un octogone irrégulier, tandis que le plafond est réalisé suivant un dessin dominé par le jeu des diagonales, inspiré de l’art gothique. Les élégantes poutrelles de fer qui s’entrecroisent participent sobrement à la décoration générale. D’une superficie de plus de 300 m2, « cette salle immense n’a aucune colonne, les points d’appui reposent sur les côtés. C’est une difficulté superbement surmontée, si l’on considère l’énorme poids des étages situés au-dessus du plafond. » (Extrait de la brochure La Maison du Peuple. Société coopérative ouvrière de Bruxelles, 1924.)

Dans le fond, se trouve le buffet. Les jours de grande affluence, une cloison mobile donnant accès à un couloir latéral peut être enlevée.

Le café peut accueillir huit cents consommateurs. Après la Première Guerre mondiale, il sera transformé en restaurant.

La salle des fêtes

Point essentiel du programme, l’audacieuse grande salle de réunion est suspendue au dernier étage du bâtiment par une ossature en poutrelles de fer et donne sur une grande terrasse. Largement éclairée, elle mesure 54 mètres de long, 16,50 mètres de large et 10/11 mètres de haut et peut accueillir jusqu’à 3000 personnes. Il y a environ 1500 places assises. Pour des raisons acoustiques, elle est de toile et de fer.

Elle est couronnée par une plate-forme destinée à être transformée en jardin et d’où la vue sur la ville est époustouflante.

Entre la scène et le fond de la salle, il y a une différence de niveau de 1m40. Une galerie, large de 3m50, court autour de la salle.

La Maison du Peuple de Bruxelles, un symbole

« A présent que la nouvelle Maison du Peuple est édifiée, qu’elle fait l’admiration des Bruxellois et des étrangers, nous pouvons être fiers de notre local et, avant tout, nous tenons à remercier et à féliciter M. Horta, notre architecte, qui a si bien conçu les aspirations de la Coopérative Socialiste et les besoins du Parti Ouvrier Bruxellois et a mis à notre service son grand talent d’architecte et d’artiste pour nous donner pleine et entière satisfaction. » Extrait de la brochure La Maison du Peuple. Société coopérative ouvrière de Bruxelles, 1924.

Le prestige dont jouit la Maison du Peuple de Bruxelles déterminera le parti socialiste français à construire, au tournant du siècle, des maisons du peuple dans les grands centres urbains de l’industrie textile : « La Paix » à Roubaix (1901), « L’Union » à Lille (1902), « La Solidarité Ouvrière » à Tourcoing (1909),…

La Démolition de la Maison du Peuple

Ce chef-d’œuvre de l’Art Nouveau, l’une des œuvres maîtresse de l’architecte, a été démoli en 1964, malgré de nombreuses protestations belges et étrangères. À sa place, fut érigée en 1966 une tour de 26 étages, la tour du Sablon.

Les éléments essentiels –blocs de pierre et structures métalliques–, numérotés en vue d’un remontage éventuel, furent entreposés à Tervuren durant une vingtaine d’années puis à Jette, en vue de la construction d’un pavillon Horta dans le futur parc Roi Baudouin. Le projet n’aboutit pas etaujourd’hui, nombre d’entre eux ont disparu.

Dans ses mémoires, Horta avait présagé de la démolition de l’édifice.

La Maison des huits heures:  quand un magasin de literie se transforme en maison du peuple

Place Fontainas 9-11 à Bruxelles 

C’est après la Première Guerre mondiale que ce magasin de literie, signé par Paul Hamesse (1877-1956) en 1903, est occupé par la Centrale Chrétienne du Travail, puis dès 1920, par le Syndicat National des employés et ouvriers de l’État (Ch.P.T.T.M. : chemins de fer, postes, télégraphes, téléphones, marine et aéronautique). Le bâtiment prend alors le nom de Maison des Huit Heures. On y trouvait, entre autres, un vaste café au rez-de-chaussée, une salle de spectacle et un magasin économique pour les adhérents. Aux étages, se trouvaient les salles de réunion et les bureaux des différents syndicats.

L’édifice fut démoli en 1969 et remplacé par un immeuble de neuf étages, bâtiment du syndicat C.G.S.P.-P.A.C.O.D., qui est inauguré en 1970 (architecte Maxime Brunfaut).

Les maisons du peuple bruxelloises

Molenbeek-Saint-Jean- Chaussée de Gand 85

 « Camarades de Molenbeek, fréquentez le dimanche votre Maison du Peuple ; vous y serez en famille. C’est le devoir de tout bon socialiste. Le faro est excellent ; la lambic délicieux ; la brune rafraichissante… » G. Abeels, « Molenbeek en cartes postales anciennes », 1977.

Inaugurée le 24 août 1895, la maison du peuple de Molenbeek est transformée en 1905 par l’architecte Richard Pringiers. Elle comprend dès lors une salle de fêtes pouvant accueillir un millier de personnes et un café considéré comme « le plus beau de la commune ».

Aujourd’hui, elle accueille le centre médical César De Paepe de la Mutualité socialiste du Brabant.

Anderlecht- Chaussée de Mons 423

Une première maison du peuple, située chaussée de Mons 437, est ouverte à Anderlecht le 14 avril 1906. Comme la plupart des maisons du peuple, elle comprend un café, une salle de fêtes, des salles pour les groupes et les répétitions. Elle est implantée dans un grand jardin donnant quai de l’Industrie, au fond duquel se trouve les magasins ainsi que des écuries et des hangars pour voitures.

En 1928, une demande de transformation et d’agrandissement d’un immeuble sis au numéro 423 de la chaussée de Mons est introduite par la société coopérative ouvrière La Maison du Peuple.  Les travaux, confiés à l’architecte Richard Pringiers, débutent en 1928. Une nouvelle façade est dessinée par l’architecte. La nouvelle maison du peuple est inaugurée en mai 1929.

Aujourd’hui, elle est réaffectée en logements.

Saint-Gilles- Place du Parvis 37-39 

Symbole de l’action socialiste de Saint-Gilles,  la maison du peuple est un bâtiment soigné de trois étages, construit en 1906 par l’architecte Alfred Malchair. Au deuxième étage, se trouve une salle de réunion dont la structure en fonte ouvragée de style Art Nouveau est particulièrement réussie.

La maison du peuple est organisée comme suit :  « A front de rue sont installées la boucherie et l’épicerie. A l’entre-sol, se trouvent les salles de réunions pour les groupes. Au rez-de-chaussée, à côté des magasins, un large vestibule donne accès au café qui a 130 m2 de surface. Un large et grand escalier, qui part du centre du vestibule, conduit à la salle des fêtes, qui a une longueur de 26 m sur 10 m de largeur. Elle peut contenir avec la galerie qui l’entoure, plus de 1.000 personnes. »

Souvenir du XXVème anniversaire, 1882-1907. Brochure illustrée éditée par la société coopérative ouvrière La Maison du Peuple de Bruxelles.

En 1918, lorsqu’un cinéma est installé dans ses locaux, le bâtiment connaît ses premières transformations. En 1928, un faux plafond  dissimule la charpente métallique de la salle de réunion. Enfin, à partir des années 1960, l’édifice change plusieurs fois de propriétaires.

Rachetée par la commune en 1995 et rénovée, elle accueille depuis 2002 dans ses locaux de nombreuses manifestations culturelles : expositions, concerts…

Lénine devait y prononcer un discours en 1914, mais celui-ci n’eut pas lieu. La plaque commémorative a cependant été placée à l’intérieur du bâtiment.

Schaerbeek - Place Colignon 1 

La maison du peuple de Schaerbeek est inaugurée le 12 août 1906, dans un bâtiment dénommé « A la vue de la Maison Communale », datant de 1897. Située au centre de la commune, elle fait face à l’hôtel de ville. On y trouve un grand café et des salles de réunions. Aujourd’hui, elle accueille l’administration communale.

Les architectes du socialisme

Le mouvement ouvrier et coopératif engendre la construction de nombreux bâtiments tels que sièges de journaux, magasins, cinémas, cliniques mutualistes et sanatoriums, coopératives, maisons du peuple, caisses mutuelles…

La construction de ces bâtiments marque d’une couleur politique les architectes qui en sont l’auteur. Parmi ceux-ci, se distinguent l’architecte Joseph Moutschen (1907-1979) à Liège, l’architecte Richard Pringiers (1869-1937) et les Brunfaut à Bruxelles : Fernand (1886-1972), son fils Maxime (1909-2003) et son frère Gaston (1894-1974).

Parmi les réalisations bruxelloises les plus significatives, signées par les Brunfaut, se trouvent la clinique César De Paepe (Fernand Brunfaut, 1923), les extensions du  journal Le Peuple (Fernand et Maxime Brunfaut, 1931), l’ancien immeuble de la Prévoyance sociale (Fernand et Maxime Brunfaut, 1932), la clinique médico-chirurgicale Paul Héger et l’Institut Jules Bordet (Gaston Brunfaut et Sta Jasinski, 1935-1938).

En outre, ils sont également les auteurs de la maison du peuple de Willebroek (Fernand et Maxime Brunfaut, 1929-1930), du journal Vooruit à Gand (Fernand et Maxime Brunfaut, 1930), de la maison du peuple de Dinant (Fernand Brunfaut, 1922), de la clinique mutualiste Bond Moyson à Gand (Fernand Brunfaut, 1928), du sanatorium de Tombeek (Maxime Brunfaut, 1934-1937), du Secrétariat général du Parti socialiste belge (Maxime Brunfaut, 1963), du bâtiment du syndicat CGSP, place Fontainas (Maxime Brunfaut, 1969). 

Le journal Le Peuple (1848-1998)

Le journal Le Peuple, résultat de la fusion de La Voix de l’Ouvrier et La République, est créé en 1885 par Jean Volders (1855-1896), qui en est le rédacteur en chef, Louis Bertrand et Cesar de Paepe. Le premier numéro sort de presse le 13 décembre.

Le quotidien syndicaliste bruxellois s’installe 12 rue des Sables avant de déménager en 1905 au 33-35 rue des Sables, dans un nouveau bâtiment de style Art Nouveau construit par l’architecte Richard Pringiers. Des agrandissements du siège du journal seront effectués par le même architecte en 1923, du côté de la rue Saint-Laurent.

En 1928, L’Avenir du Borinage, journal de la fédération boraine du POB, riche de 20.000 lecteurs, fusionne avec le journal Le Peuple. Suite à ce rapprochement des deux organes de presse du Parti socialiste, la mission de réorganiser les deux bâtiments rue des Sables et rue Saint-Laurent est confiée en 1931 aux architectes Maxime et Fernand Brunfaut.

Ceux-ci prévoient la démolition du bâtiment de la rue Saint-Laurent et la construction d’un nouvel immeuble, de style moderniste, pour le remplacer. Ce dernier sera inauguré le 27 mars 1932, huit mois seulement après le début des travaux. Pour l’occasion, Le Peuple imprimera un numéro spécial.

Le nouveau bâtiment est particulièrement spectaculaire la nuit, lorsque les presses sont en action.

Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands suspendent la parution du Peuple. Néanmoins, le journal continuera à paraître clandestinement.

Dans les années 1970, les activités du Peuple seront transférées à Gosselies et le bâtiment laissé à l’abandon.

Restauré par la Principauté des Asturies dès 2003 et inauguré en 2005,  l’édifice connaît une nouvelle vie avec l’occupation des locaux par la représentation asturienne auprès de l’Union européenne. En 2012, cette dernière quitte le bâtiment, laissé à l’abandon depuis lors.

Rédaction du contenu: Fondation pour l'architecture.

Textes issus de l'exposition "Maisons du peuple de Bruxelles: entre mémoire et histoire"

Cette exposition est composée de 12 panneaux-  Pour plus d'infos: Pac Régionale de Bruxelles 02/545.79.22

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Pourquoi une Maison du Peuple virtuelle ?

La régionale PAC de Bruxelles se situe rue Joseph Stevens face à l’endroit où la Maison du Peuple de Bruxelles a été détruite. La régionale est reconnue au cœur d’un mouvement d’éducation populaire  dont le leitmotiv est d’ « agir par la culture ». Son objectif, tout comme la Maison du Peuple, est d’offrir aux Bruxellois des activités culturelles, au sens large du terme, qui donnent accès au savoir et au pouvoir, au sens émancipateur du terme.

La Maison du Peuple de Bruxelles, vaste bâtiment de style Art nouveau construit par Victor Horta pour le Parti ouvrier belge, disposait d'un lieu de rencontre au centre de la ville. Elle accueillait des réunions, des activités théâtrales, des conférences, des animations musicales, des cours d’alphabétisation, des initiations politiques, mais aussi des activités commerciales telles que les magasins coopératifs (boulangerie, épicerie, boucherie, le café,…)

Actuellement, il n’existe pas de lieu physique s’apparentant à une maison du peuple dans laquelle serait regroupé les associations œuvrant notamment dans le champ de l’éducation permanente. Pourtant, nous avons encore et toujours besoin de lieux de rencontre offrant des temps de convivialité, de réflexion, d’émancipation propices à l’aiguisement de l’esprit critique et de naissance de nouvelles formes de solidarité.

Ainsi, la plateforme maisondupeuple.be propose et regroupe un ensemble d’activités qui ont lieu sur le territoire bruxellois à l’initiative d’une série de partenaires-coopérateurs prônant les mêmes valeurs.

La maisondupeuple.be permet de consolider un réseau de partenaires proposant des activités dans une visée progressiste, recréant une gauche alternative, avec des endroits de liberté et de réflexion qui nourrissent l’action.

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Maison du Peuple de Bruxelles

Rue Lambert Crickx, 5
1070 Bruxelles
Tel: +32 2 535 79 22
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