Maison du peuple de Bruxelles

Tribune 3| CCLJ

Depuis une dizaine d’années maintenant, l’humoriste Dieudonné n’en finit pas de défrayer la chronique à mesure que se multiplient ses saillies judéophobes. Perçues au départ, par certains tout au moins, comme de « simples » provocations, celles-ci ont fini à force par devenir la colonne vertébrale idéologique d’un homme qui, ayant perdu la grande part de ses premiers soutiens, y compris au sein de la mouvance antisioniste radicale, se retrouve aujourd’hui l’icône autant que l’instrument des franges les plus antisémites de l’extrême droite française.

Antisioniste notoire, le journaliste Fausto Giudice fut paradoxalement le premier à mettre en évidence cet état de fait, en publiant en septembre 2006 une photo de Dieudonné, en visite au Liban, aux côtés de Frédéric Chatillon, responsable du GUD (Groupe union défense) dans les années 1990 et aujourd’hui premier prestataire de service du FN. « Bye-bye Dieudo », concluait Giudice qui finira par être passé à tabac en plein Théâtre de la Main d’Or par Chatillon et un de ses comparses, après que Dieudonné se soit rendu à la fête annuelle du Front national. Ce compagnonnage se conclut le 26 décembre 2008 à l’issue de son spectacle « J’ai fait le con » où, devant une foule de plus de 5.000 spectateurs, Dieudonné fait monter Faurisson sur la scène du Zénith. En habit de déporté, le régisseur lui remet un prix avant de lui donner l’accolade.

Dans la foulée, l’humoriste-politique annonce son intention de se présenter aux élections européennes à la tête d’une « liste antisioniste ». Validée contre toute attente par le Conseil constitutionnel, celle-ci a bénéficié, on le sait aujourd’hui, d’un financement provenant indirectement des Iraniens, ces derniers se contentant en l’espèce d’imposer deux conditions : la mention « antisioniste » dans l’intitulé de la liste et la présence d’Alain Soral, caution « intellectuelle », parmi les cinq premiers noms. Si le résultat escompté n’est pas au rendez-vous (1,30 % des voix) la proximité entre celui qui, plus qu’aucun autre, s’est employé à théoriser un rapprochement extrême droite/communauté musulmane et Dieudonné va prendre désormais des proportions telles que l’on ne peut plus aujourd’hui parler du premier sans évoquer d’une manière ou d’une autre le second. Une union qui, à en croire l’entourage de l’humoriste, serait d’abord d’ordre familial, des liens de parenté liant en l’occurrence l’épouse de Dieudonné, Noémie Montagne, à la compagne d’Alain Soral. Mais plus largement, ce dernier incarne l’OPA opérée avec succès par l’extrême droite sur l’ancien compagnon de scène d’Elie Semoun, duo humoristique qui symbolisait à sa façon l’idéal de la France « black, blanc, beur » d’avant le 11 septembre 2001.

De façon subliminale, l’identité métisse de Dieudonné est en effet utilisée comme un étendard du projet affiché par Soral, cette fameuse « réconciliation » ou main tendue aux Français issus de l’immigration et plus particulièrement d’Afrique du nord. Un pacte national et républicain renouvelé ? Français d’origine maghrébine, un des lieutenants de Soral signe ses articles du pseudonyme de Galli Mezziane. Un choix pour le moins significatif. Né en 1905 dans la région de Boumerdès dans ce qui ne s’appelait pas encore l’Algérie, et établi en France, Galli Mezziane était un sympathisant du mouvement fasciste « Solidarité Française », dont une des caractéristiques était de recruter parmi les travailleurs nord-africains, dans des proportions telles pour l’époque que Le Canard enchaîné l’avait alors qualifié du sobriquet de « Silidarité Française ». Galli décèdera à la suite des émeutes du 6 février 1934 à laquelle il prit part. Un indigène musulman instrumentalisé par un mouvement d’extrême droite des années 1930, modèle sociétal pour la France de 2013 ? « La France des Français ne s’appartient plus, vous le savez et je dis : “Prenez toute votre place en France, c’est mon intérêt de Français que vous soyez un contre-pouvoir” », déclare pour sa part Soral[1]. Dit autrement, les Français musulmans, d’origine musulmane ou simplement considérés comme tels, sont invités à se faire les nouveaux tirailleurs de la haine anti-juive pour le plus grand profit d’une extrême droite avide de revanche depuis 1944. Autant d’éléments qui donnent aussi à voir Soral et l’idéologie qui est la sienne pour ce qu’ils sont réellement : un mouvement de type néo-colonial. 

Tribune 3 par le CCLJ novembre 2014

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Tribune 2 | La grande messe médiatique: Osons parler de décroissance économique et démographique

Non, les grands médias ne sont pas le nouveau clergé mais, comme dirait l'écrivain et médiologue Regis Debray, le nouveau pouvoir spirituel de l’Occident laïc incarné par les médias « ne contraint pas, il conditionne. Il ne légifère pas, il infuse. Il ne sanctionne pas, il environne. Il ne donne pas de contravention, il donne à penser. Il agit par le mot, l’image, les spectacles et les rites (1) ». Non les grands médias ne chassent pas les hérétiques et n'engagent aucune croisade contre qui que ce soit mais guidés et gouvernés par les lois du marché, souvent au grand dam des journalistes, ils délimitent le champ des prédications possibles et des confessions autorisées. Est-ce le cas notamment quand il s'agit des alternatives au capitalisme ?

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 C'est sur cette vaste et interpellante question que nous réfléchirons et débattrons lors des événements mis en place dans le cadre de la campagne de sensibilisation du GSARA. Pourquoi ? Parce qu'une information libre, vivante, pluraliste et accessible est l'ADN de toute démocratie, parce que le public se fait de plus en plus nombreux à souhaiter d’autres visions, d’autres narrations, d’autres “sons de cloches”, parce que les éditeurs cherchent à répondre à une certaine défiance du public, parce qu'il en va d'une meilleure compréhension du monde, d'un décloisonnement de l'imaginaire et d'une appropriation des conditions du changement.

« On ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif », rétorque Ivan Levaï, vétéran chez France Inter, dans le film de Pierre Carles quand on lui demande pourquoi les analyses du Monde Diplo ne sont quasi jamais reprises dans les revues de presse ou ni relayées dans les grands médias. Comme si nous étions tous des ânes qui n'auraient justement pas soif d'autre chose ?

Alors, nous vous proposons de franchir la ligne rouge que peu de médias franchissent et d'oser débattre de la contestation de l’ordre établi dans les médias et plus particulièrement du dogme de l’austérité et de la croissance infinie : le programme de « La grande messe médiatique » sera composé de 3 parties : un clip (à titre d'Offrande), une rencontre avec Pierre Carles (l'Eucharistie) et un séminaire en partenariat avec l'ULB sur la décroissance économique et démographique (la Communion).

Le clip 

Dans le but d'inviter au débat sur la question de l'uniformisation de l'information, nous avons réalisé un clip. Toute ressemblance avec des clips existants ou ayant existés ne saurait être que... préméditée. Le clip du GSARA s'est en effet volontairement inspiré du clip de sensibilisation de la Fédération Wallonie-Bruxelles (www.surveillezlatele.be) dans le but de prolonger la réflexion.

 

Le nouveau film de Pierre Carles en Avant-Première en Belgique !

Connu pour être un pourfendeur des médias dominants, Pierre Carles (réalisateur de nombreux documentaires dont Pas vu pas pris, Enfin pris ?, La sociologie est un sport de combat, Fin de concession,...) viendra présenter son nouveau film Opération Correa (1° partie) : les ânes ont soif.

LE MERCREDI 29 OCTOBRE (19 h – 22h) à IHECS

 ob e0c116 les-anes-ont-soif-4La visite en France d’un champion de la croissance économique passe rarement inaperçue mais peu de grands médias français - à l’exception du Monde diplomatique et de quelques journaux de presse écrite - n’ont prêté attention à la visite du président équatorien Rafael Correa le 6 novembre 2013 à la Sorbonne pour décrire le modèle économique en train de s’inventer dans son pays, en rupture avec le dogme de l’austérité et de l’inféodation à la finance auquel les dirigeants européens veulent condamner leurs ouailles. Pierre Carles et son équipe poursuivent leur critique radicale des médias et se proposent d’explorer la question du traitement de l’hérésie équatorienne dans la presse française. Il s’agira bien sûr de confronter la chefferie éditoriale à ses choix idéologiques.

Pour en savoir plus et voir la bande annonce

La projection sera suivie d'un débat avec les rédacteurs en chef de grands médias belges.
Soirée organisée en collaboration avec l’École de Journalisme IHECS.

« Penser les décroissances : une question qui dérange » ?

La croissance compterait-elle parmi les dogmes et l'orthodoxie médiatique ? Nous donnerons ainsi la parole aux décroissants pendant 4 soirs du mois de novembre. Que nous soyons d'accord ou pas avec eux, il est bon d'oser débattre sereinement et sans démagogie de la question de la décroissance économique et de la décroissance démographique.

 famille medias gsara

 Un cycle de conférences qui se prépare en collaboration avec la Faculté des Sciences de l'ULB (L’institut de Gestion de l'Environnement et d'Aménagement du Territoire - IGEAT)

Jeudi 6 novembre (19h-22h) > Pour une société de décroissance
Jeudi 13 novembre (19h-22h) > Sommes-nous trop nombreux sur terre ?
Mercredi 19 novembre (19h-22h) > Activisme & Réseaux
Jeudi 27 novembre (19h-22h) > Les décroissances : un sujet « médiatiquement incorrect » ?

En attendant ce cycle auquel vous êtes tous conviés, quelques défenseurs de la décroissance nous livrent dans le présent dossier leur témoignage. Alors, soyons curieux - puisqu'on demande aux journalistes de l'être -, multiplions nos sources d'information et acceptons de payer un peu pour disposer d'une info différente et de qualité pour sortir du prêt à penser.

 

Julie Van der Kar

Source :

 Régis Debray, L'emprise, Le Débat, Gallimard, 2000

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Tribune 1 | De la nécessité de rebâtir une Maison du peuple à Bruxelles

De la nécessité de rebâtir une Maison du peuple à Bruxelles : de la Maison du peuple d’autrefois à la Maison du peuple virtuelle d’aujourd’hui

A l’heure où la crise que nous vivons pousse de plus en plus de citoyens dans la précarité, on se prend à rêver les plans d’une nouvelle Maison du peuple, fédératrice, facilitatrice de création de liens, de rencontres. Une maison à reconstruire sur les ruines des anciennes fondations tout en cherchant à la rendre contemporaine.

La Maison du peuple serait, comme au XIXe siècle, portée par sa coopérative. Haut lieu de solidarité entre ouvriers, la coopérative organisée au sein de la Maison du peuple avait  alors permis de faire baisser le coût de production du pain, et ainsi y donner accès à tous les ouvriers ! Pas étonnant dès lors que nous voyions refleurir ces modes d’organisation dans différents domaines tels que l’alimentation, les transports, l’habitat…

logo mdpv

En entrant dans la Maison du peuple, on trouverait des valves annonçant les événements, les activités dans lesquelles partager les valeurs de solidarité : ici une conférence, là, un film, un festival...

Derrière les valves, une large pièce s'ouvrirait sur une tribune, dont chaque coopérateur userait pour donner écho aux combats qu'il mène ou qu'il voudrait mener. Une gigantesque salle qui bouillonnerait d'idées.

Attenant à la tribune, un estaminet, le café de la Maison du peuple, où l'on prolonge les échanges et rêve le monde autour d'un verre. Un endroit propice à l’émergence de nouvelles initiatives.

Nous avons rêvé de faire revivre la Maison du peuple, car il n’existe plus, aujourd’hui, de lieu physique s’apparentant à cette description rêvée. Une maison dans laquelle seraient regroupées les associations progressistes, ainsi qu’un maximum d’initiatives citoyennes en émergence. Cette description rêvée nous l’avons traduite à l’heure d’aujourd’hui par la création d’une plateforme internet recréant les espaces traditionnels de la Maison du peuple. Car nous avons encore et toujours besoin de lieux de rencontre, de convivialité, de réflexion, d’émancipation, propices à l’aiguisement de l’esprit critique et à la naissance de nouvelles formes de solidarité.

A l'heure actuelle la Maison du peuple virtuelle compte sept coopérateurs: le Centre Communautaire Laïque Juif, le Collectif Formation Société, le GSARA, la Maison du livre, PAC Régionale de Bruxelles et ses locales, ProJeunes et l'Union des Progressistes Juifs de Belgique. Cependant la Maison du peuple virtuelle ne demande pas mieux que d'accueillir d'autres coopérateurs, de sorte que cette Maison rêvée devienne le terreau d'un nouveau monde plus solidaire.    

Jean Spinette, Président de la Régionale PAC de Bruxelles                                                                                               Pour télécharger la tribune en PDF

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